Dévore la jeunesse

Le spectacle prend sa source dans le mythe de Thésée et du Labyrinthe…

Le projet

Anne-Pascale Paris et Calin Blaga se penchent sur les comportements des hommes et des femmes à travers les sociétés, cultures et époques différentes pour mieux comprendre ce qui détermine nos manières de vivre, ce qui agit à notre insu et qui nous pousse parfois à agir par la violence.
Le chantier artistique «  Mythes et violence  » est né de l’intuition très forte que les mythes ont une part de consistance, de vérité… Ils nous transmettent une connaissance du monde et  nous réunissent par une humanité commune, quelle que soit notre origine, notre culture.
C’est en s’appuyant sur les mythes constitutifs de notre société ou récits fondateurs qu’ils écrivent et mettent en scène des histoires, reflets du monde actuel.

Après Antigone et Gilgamesh, nous convoquons le mythe de Thésée

En 2016-2017, Calin Blaga a écrit La vie de Thésée (en 12 épisodes). Chaque épisode a donné lieu à une représentation et actions de médiation sur le territoire de la Duchère à Lyon et à l’Etablissement Pénitentiaire pour Mineurs du Rhône.

Depuis janvier 2018, nous poursuivons notre recherche sur un épisode clef de l’histoire de Thésée : le Labyrinthe. Dans le mythe grec, lorsque Thésée retrouve son père Egée, roi d’Athènes, son pays est soumis chaque année à un évènement qui bouleverse le peuple. Plusieurs années  auparavant, Egée a perdu la guerre contre la Crête et son roi Minos, sous prétexte de maintenir la paix entre les deux pays, impose à Egée de livrer chaque année, 14 jeunes, 7 filles et 7 garçons, de 14 à 20 ans, comme tribut de guerre. Les jeunes sont conduits  en Crête, enfermés dans un labyrinthe construit pour que personne ne trouve la sortie et dévorés par le Minotaure, monstre moitié taureau moitié homme. Afin de désigner quels jeunes seront sacrifiés, chaque année, Egée organise un tirage au sort et chaque année le peuple d’Athènes est déchiré de laisser partir sa jeunesse pour ce funeste voyage.

Thésée a l’étoffe d’un combattant, il se propose comme volontaire et part pour la Crête, avec treize jeunes gens, bien décidé à tuer le Minotaure, trouver la sortie du Labyrinthe et délivrer son peuple de la rançon humaine imposée chaque année.

Cet épisode soulève des questions fondamentales, en écho à l’actualité  :  
  • qu’est ce qui dévore la jeunesse aujourd’hui ?
  • que dévore la jeunesse ? 
  • quel peut être le profil des sacrifiés / de leur famille ? comment réagissent-ils au tirage au sort  ? (volontaires  ? fatalistes  ?)
  • qui / que représente le Minotaure ?
  • que représente le Labyrinthe  ?
  • à l’instar de Thésée, existe-t-il des volontaires aujourd’hui ? qui sont-ils ? sont-ils des héros, des modèles ?
  • à l’instar d’Ariane, qui aide et donne le fil aujourd’hui ?

 

Commun à de nombreuses civilisations, le Labyrinthe illustre  par allégorie une réalité contemporaine (individuelle, sociale ou culturelle) perçue comme multiple, complexe et difficile. Le mythe du Labyrinthe se prête à une double représentation de l’homme et de sa condition : un défi, une épreuve pour dépasser une réalité complexe  ; un chemin initiatique qu’un jeune doit parcourir au travers des épreuves et difficultés de sa propre existence (cheminement tortueux, va-et-vient, cul-de-sac, tentatives et erreurs) pour se réaliser pleinement et prendre sa place d’adulte dans la société.

 


Extrait…

Le Minotaure. — C’est toi ? Ah mince. Je m’attendais à quelqu’un d’autre. Moins de muscles moins de testostérone, je m’attendais à plus d’estrogènes plus de progestérone en fait. Je suis quelqu’un de tout à fait ouvert, I’m open and tolerant, mais je ne suis pas homosexuel, non non, je n’en suis pas encore là.
Thésée. — Tais-toi !
Le Minotaure. — Tu envahis mon territoire l’ami et tu veux que je t’accueille avec des petits fours et du champagne  ? “Get off my property before I lose control and kill you”. Ha ha ha ha  ! Tu connais ça.
Thésée. — Tu ne parles pas. C’est mon cerveau qui me joue un tour.
Le Minotaure. — Mon ami, reste calme.
Thésée. — Je ne suis pas ton ami on ne se parle pas on ne se tutoie pas.