Gilgamesh, un héros ordinaire – 2013

Un ring pour une épopée moderne… La sobriété est le maître mot de la mise en scène d’Anne‑Pascale Paris. La scénographie est constituée de simples cordes suspendues aux cintres. L’action se déroule dans cet espace délimité par l’axe vertical des cordes, lesquelles rappellent un ring de boxe. Cette évocation n’est pas anodine puisque le combat constitue une dimension majeure du développement du héros. Des scènes de lutte entre Gilgamesh et Enkidu seront d’ailleurs représentées, luttes d’un réalisme captivant. Il faut insister sur la prestation excellente des comédiens. Leur jeu, réglé au millimètre, alterne efficacement entre des éclats quasi chevaleresques et une féroce agressivité. Parfois, les postures deviennent emphatiques, et cette imagerie solennelle offre des clins d’œil à l’épopée originelle. Autre rappel pertinent : les musiques choisies, qui, tout au long de la pièce, participent à dresser un univers épique en créant un heureux contre-point anachronique aux séquences sur la vie en entreprise ou sur la mobilisation sociale. De façon générale, la mise en scène introduit des ruptures dans la densité dramatique de l’histoire. Nous pouvons évoquer ici une séquence amusante dans laquelle les comédiens, incarnant momentanément des poules, donnent leur avis de volaille sur la situation économique. La pièce séduit donc par le talent de l’équipe sur le plateau. ” – Emilie Boughanem – Les Trois Coups.com – Janvier 2014

Des origines…

Le Lien théâtre s’est emparé d’un mythe fondateur d’origine sumérienne: l’Épopée de Gilgamesh. Ce récit légendaire, aujourd’hui considéré comme une des œuvres littéraires les plus anciennes de l’humanité, est le seul mythe qui commence ouvertement dans la violence et se termine positivement dans la résilience.

Le Roi semi-légendaire Gilgamesh règne d’une manière excessive sur la ville d’Uruk. Ce héros épique et arrogant ne cherche qu’à tyranniser son peuple au travers d’exploits surhumains et démesurés réalisés avec son fidèle ami Enkidu. A la mort de ce dernier, et craignant la sienne, il tente de découvrir le secret de la vie éternelle. Enfin, constatant l’inaccessibilité de ce rêve, il devient un roi bâtisseur, édifiant la paix à l’intérieur de ses frontières.

A notre histoire…

Cette épopée nous a fascinés par sa grande force poétique et métaphysique : elle est force d’enseignement à l’heure des grands changements que connaissent nos sociétés et du questionnement autour de notre condition humaine. A partir de ce texte, nous avons construit notre propre histoire.

Gilgamesh, un héros ordinaire a été créé en 2013 dans le cadre d’un travail mené conjointement par Anne-Pascale Paris et Calin Blaga sur le cycle « mythe et violence ». Le travail d’écriture s’est également nourri de rencontres et d’ateliers menés auprès des résidents du quartier Les Taillis (Bron).

Notre Gilgamesh est un jeune homme vivant à la marge. Il veut dépasser sa condition, telle que sa Mère, remplie de bonnes intentions, la lui vante. Rien n’y fait, aucun avertissement, car son projet est déjà en marche, il lui suffit d’attendre la bonne heure et d’aller prendre possession de ce qui ne lui appartient pas. Notre Gilgamesh est un jeune PDG d’une entreprise commercialisant des volailles, ayant déjà pris possession de ce qu’il faut posséder pour exister c’est-à-dire capital, relations, femmes, ouvriers. Il nous assène la langue propre au marketing, à l’expansion sans frontières de ses produits. Toute une machine de guerre. Langage propre à sa classe sociale.

Gilgamesh, un héros ordinaire


Cette création a été jouée : à l’Espace Jules Verne (Saint-Genest Malifaux – novembre 2014), au Théâtre de l’Iris (Villeurbanne – du 14 au 26 janvier 2014), à la Salle Paul Garcin (Lyon – novembre 2013), au Festival Dialogues en humanité (Lyon – Juillet 2013), à la Foire Eco Bio (Colmar – mai 2013), au Centre Social les Taillis (Bron – septembre 2012), au Collège Théodore Monod (Bron – septembre 2012)

Cette création a reçu le soutien de la SPEDIDAM, la Région Rhône-Alpes, Fondation Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme, Centre social du Petit Taillis (Bron)